Niveau de réduction d'utilisation et/ou d'impact potentiel
L’utilisation de trichogrammes permet de réduire l’Indice de Fréquence de Traitement (IFT) de 1, en substituant totalement l’utilisation d’un insecticide chimique.
Surcoût et/ou gain de la solution
La protection du maïs contre la pyrale par les trichogrammes n’apparait pas plus chère que le traitement insecticide en pose manuelle (Tableau n°1). En pose automatisée par drone (via une prestation de service), le coût peut être équivalent sinon nécessiter un léger surcoût selon les cas, celui-ci étant compensé par un gain de temps et une facilitation du travail pour l’agriculteur.
Tableau n°1 : Comparaison des coûts d'un traitement insecticide conventionnel et d'une application à base de trichogrammes

Impacts sur la santé, l’organisation du travail, la pénibilité
Impact santé : Un trichogramme est un organisme vivant, non considéré comme un produit phytopharmaceutique. Il ne nécessite donc aucun Equipement de Protection Individuelle (EPI) et aucune contrainte pendant et après l’application de cette solution. Cela facilite le travail et permet d’intervenir immédiatement sur la parcelle (travaux de castration par exemple).
Organisation du travail / pénibilité :
Temps de pose :
- Pose manuelle : de l’ordre de 3 ha/h, sur la base de 20 min/ha en moyenne en G1 et G2 (18 min en G1 et 24 min en G2). Le conditionnement se veut être très pratique et facile à mettre en œuvre. Cependant, en conditions difficiles (pluie, sol glissant, parcelle en pente, végétation haute, …), le temps de pose peut doubler, atteignant jusqu’à 40 minutes par ha soit moins de 2 ha par heure. La pose manuelle est limitée pour les très grandes parcelles en raison de la fatigue physique et du manque de main d'œuvre.
- Pose mécanisée : de l’ordre de 10 ha/h (drone) à 15 ha/ha (machines terrestres). Elle permet de limiter les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS). Grâce à leur grand réservoir de capsules, leur bonne autonomie et le changement rapide des batteries, les drones sont particulièrement adaptés aux grandes parcelles et aux exploitations de grande taille.
Freins à lever et conditions de réussite
La spécificité de la solution peut constituer un frein à son déploiement. Les trichogrammes sont des auxiliaires spécifiques de la pyrale du maïs. Or, en pratique, beaucoup de parcelles dans le Sud de la France sont également exposées à d’autres bioagresseurs tels que la sésamie ou l’héliothis. Les agriculteurs privilégient alors une protection chimique en végétation qui couvre ces différentes cibles. Il importe de soutenir des travaux de recherches ayant pour objectif de proposer rapidement une solution alternative pour la protection contre la sésamie, voire l’héliothis, à l’aide de produits compatibles avec les trichogrammes.
Dans les secteurs géographiques où la pyrale du maïs est la seule cible (moitié Nord de la France), la solution est efficace pour un coût similaire sinon légèrement supérieur. Le pose manuelle, contraignante, surtout lors la seconde génération de pyrales en phase végétative du maïs, trouve ses limites notamment dans les grandes exploitations en raison de la gestion de la main d’œuvre. L’apport mécanisé par drone en prestation de service est alors conseillé en restant vigilant sur la coordination rigoureuse de l’ensemble des acteurs (agriculteur, distributeur, fournisseur, droniste) afin de pouvoir déclencher la pose au bon moment. Un délai d’environ une semaine peut s’écouler entre la commande et la réception des trichogrammes.
Le déploiement de la solution plafonne depuis plusieurs années autour de 18-19% des surfaces protégées contre la pyrale. La facilitation de l’accès à la pose mécanisée des trichogrammes (drones, machines terrestres) passe par des incitations financières et par un accompagnement technique adapté. Par ailleurs, le coût de cette pose est désormais comparable à celui d’un passage de pulvérisateur pour un traitement insecticide chimique, ce qui lève un frein important à son utilisation.
Afin d’optimiser les coûts de protection, il peut arriver que la dose de trichogrammes soit ajustée à la baisse. Cette pratique peut toutefois entraîner une efficacité variable, notamment en cas de conditions peu favorables au développement de l’auxiliaire (conditions météorologiques extrêmes, décalage par rapport au cycle de développement de la pyrale du maïs, …). Une attention particulière au contexte local et aux conditions d’application permet généralement de garantir de bons résultats et de renforcer la confiance des agriculteurs dans cette méthode. Ce coût supplémentaire, correspondant au cout du passage tracteur pour les insecticides, représente un autre frein à l’usage de cet agent efficace. Pourtant le coût total (trichogramme + apport mécanisé) revient presque à celui de l’utilisation d’un insecticide : donc l’argument est purement subjectif et la réalité est toute autre.
L’apport de nourriture (nectar) via des bandes fleuries par exemple, permet d’augmenter la longévité et la fertilité des trichogrammes (cf. fiche n°4 « Bandes fleuries pour optimiser le service de régulation naturelle des bioagresseurs apporté par la faune auxiliaire »).