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Lavande
Ravageurs
Fiche
24

Lutte contre le phytoplasme du Stolbur par la pulvérisation d’argile sur lavandes/lavandins

Réduction des détections de phytoplasme du Stolbur de 61 % par rapport à un témoin non traité, après deux années consécutives de protection à la kaolinite. 

La solution

La kaolinite (silicate d’aluminium) est une substance naturelle d’origine minérale. Elle agit préventivement sur l’infestation des plants de lavande et lavandin en perturbant le comportement de l’insecte vecteur du phytoplasme : Hyalesthes obsoletus.

Aux doses homologuées, la présence d’argile ne réduit pas la photosynthèse. Au contraire, en cas de fortes chaleurs, il protège les plantes en créant une barrière physique blanche sur le végétal 1.

Mode d’action :

La création d’un film de couleur blanche sur le feuillage permet de perturber l’insecte vecteur du phytoplasme et de limiter ses piqûres nutritives (et donc la transmission du phytoplasme) au moment où les plants sont les plus vulnérables : l’été suivant la plantation et l’été de la première coupe. La solution a également un effet répulsif sur la ponte 2.

Efficacité :

Son mode d’action préventif ne lui confère une efficacité que sur des parcelles jeunes, peu ou pas infestées 1.

Les expérimentations menées par le CRIEPPAM en 2013 ont montré une réduction des détections de phytoplasme du Stolbur de 61 % par rapport à un témoin non traité, après deux années consécutives de protection à la kaolinite. Toutefois, à partir de la troisième année, l’efficacité devient limitée. En situation très infestée, même des plants âgés de deux ans lors de leur première exposition à l’insecte vecteur ne parviennent pas à ralentir l’expression des symptômes de dépérissement, contrairement à des plants protégés dès l’année de plantation. Ces résultats indiquent que, pour être efficace, la protection des plants avec de l’argile doit impérativement être mise en place dès l’année de plantation et renouvelée au moins la seconde année. Par la suite, les plants deviennent naturellement moins attractifs pour le vecteur.

Persistance de la solution :

S’agissant d’une substance naturelle lessivable, la persistance de la solution dépend des conditions climatiques. L’application est à renouveler toutes les 2-3 semaines et en cas de pluies supérieures à 25 mm 1.

Modalités d’application :

L’application doit se faire sur des jeunes plantations pas, ou très peu, infestées, avant le début de vol des adultes de H. obsoletus et en l’absence de fleurs. L’année d’implantation, l’application doit être positionnée après l’écimage à la dose de 15 kg/ha. En seconde année, la première application se fait à la dose de 15 kg/ha et la suivante à 12 kg/ha, 7 jours après.

Il n’existe pas de nombre d’application maximal, mais la dose maximale d’argile est de 63 kg/ha/an 1.

La kaolinite doit être appliquée à l’aide d’un pulvérisateur équipé d’une pompe à membranes, car ce type de pompe est compatible avec la texture abrasive du produit. L’utilisation d’un pulvérisateur muni d’une pompe à pistons est à proscrire, car elle risquerait d’endommager le système. Le matériel doit être équipé de rampes de localisation afin de traiter uniquement les rangs, toute application sur le sol étant inutile. Il est également indispensable de maintenir une agitation constante de la bouillie, la kaolinite ayant tendance à se déposer rapidement au fond de la cuve. Enfin, l’emploi de buses à turbulence est recommandé, car elles permettent d’obtenir une pulvérisation plus homogène et de meilleure qualité que les buses à fente ou les buses antidérive.

Formulation, dose homologuée, nombre maximal d’applications, intervalle minimum entre applications, Délai Avant Récolte (DAR) et Délai de rentrée (DRE) 3 :

Utilisable en Agriculture Biologique (UAB) et Certificats d’Economie de Produits Phytosanitaires (CEPP) :

Les produits à base de kaolin figurent sur la liste des produits de biocontrôle 4. Cette solution est UAB et éligible aux CEPP :

  • Fiche action n°2018-039 « Lutter contre les insectes piqueurs au moyen d’une poudre minérale de biocontrôle » 5.
  • Fiche action n°2020-072 « Lutter contre les insectes piqueurs au moyen d'une poudre minérale comportant une substance de base » 6.
  • Fiche action n°2021-085 « Lutter contre les insectes piqueurs au moyen d’une poudre minérale classée barrière physique » 7.

Suivant les années :

  • La surface allouée à la culture de la lavande et du lavandin oscille autour de 30 000 hectares, soit environ 0,1 % de la Surface Agricole Utile (SAU) française.
  • Autour de 1 500 tonnes d’huiles essentielles sont produites.

Après avoir été longtemps premier producteur mondial de lavande, la France est désormais le second producteur mondial d’huile essentielle de lavande, derrière la Bulgarie 8 9. Mais elle reste le 1er producteur mondial d’huile essentielle de lavandin.

Les cultures de lavande et de lavandin sont confrontées à des mortalités attribuées, au moins en grande partie, au phytoplasme du Stolbur Candidatus Phytoplasma solani. Les phytoplasmes sont des bactéries dépourvues de paroi. Elles sont parasites obligatoires biotrophes. Elles vivent à l’intérieur des cellules végétales qui constituent les tissus conducteurs de sève élaborée (vaisseaux du phloème) 10. Une fois installé, le phytoplasme persiste tout au long de la vie de la plante. Il provoque une réduction de la croissance et conduit progressivement à la mort des plants contaminés. Le phytoplasme du Stolbur est transmis par un insecte vecteur piqueur-suceur, la “cicadelle” Hyalesthes obsoletus 11 (Hémiptère de la famille des cixiidae).

Depuis 1994, plusieurs méthodes de lutte ont été mises en place, à savoir la création de variétés tolérantes à la maladie et la mise en place d’une filière de production de plants sains certifiés. Malgré ces efforts, les mortalités restent importantes, notamment dans la Drôme (secteur de Mévouillon) et sur le plateau d’Albion, où plusieurs centaines d’hectares de lavanderaies seraient aujourd’hui concernées.

Les séquences climatiques observées depuis 2003 (sécheresses de printemps et d’automne, canicules) ont aggravé les mortalités dans la zone de production, du fait d’impacts directs sur les cultures (stress hydrique), mais aussi indirects (populations d’insectes vecteurs favorisées par les fortes températures).

La situation actuelle est de plus en plus préoccupante : les variétés de lavande créées ne semblent plus pouvoir endiguer l’évolution des mortalités et les surfaces cultivées diminuent d’année en année. Le lavandin est lui aussi dans une situation sanitaire risquée, du fait d’une quasi-homogénéité génétique des plants cultivés (les 3/4 des surfaces sont représentées par un seul clone, Grosso), et de la multiplication des mortalités de plants de ce clone Grosso.

Niveau de réduction d’utilisation et / ou d’impact potentiel

Les moyens de lutte contre le dépérissement ne sont aujourd’hui que prophylactiques et il y a de grandes chances pour qu’ils le demeurent. En effet, la lutte directe contre le phytoplasme n’est pas possible car les antibiotiques, les molécules actives efficaces contre les bactéries, sont interdites d’utilisation sur les cultures en France. Quant à la lutte chimique directe contre la cicadelle Hyalesthes obsoletus, elle est difficile à envisager. En effet, les larves sont intouchables par un insecticide classique car elles vivent dans le sol. Concernant les adultes, leurs périodes de vol correspondent à la période de floraison des lavandes / lavandins et donc à la présence d’abeilles. La lutte se réalise donc pour l’instant de façon indirecte en utilisant des variétés sélectionnées pour leur tolérance au dépérissement et des plants sains. Ainsi l’utilisation d’argile ne vient pas en remplacement de traitements chimiques mais comme un maillon de la chaine de solutions prophylactiques possibles.

Surcoût ou gain

Le surcoût est estimé à environ 300 € HT pour 3 kits de pulvérisation et entre 40 et 45 € HT/ha pour le produit (2 applications annuelles). Le surcoût reste donc assez faible.

Impact santé / organisation du travail / pénibilité / environnement

Aucun frein lié à la santé, ni pénibilité, ne sont à observer avec l’utilisation de l’argile. Même s’il s’agit d’une substance naturelle, une poudre fine d’argile peut être abrasive pour les voies respiratoires. Un équipement de protection adapté (gants, lunettes et masque) est nécessaire lors de la préparation de la « bouillie ».

Ce produit est sans danger sur les abeilles, qui est important pour les partenariats avec la filière apicole 13.

Freins à lever et conditions de réussite

Malgré l’intérêt de la méthode, démontrée dans de nombreux essais, l’efficacité de la pulvérisation d’argile ne garantit pas une protection à 100 % de la culture, ce qui freine les producteurs à franchir le pas. D’autant plus que cela demande une adaptation du matériel de pulvérisation : pompe à membrane plutôt qu’à piston (produit abrasif), nécessité d’un kit de pulvérisation avec 3 buses double-fentes etc.

L’efficacité de la méthode dépend étroitement du moment de mise en œuvre. Pour que la protection soit efficace, elle doit démarrer dès l’année de plantation et être renouvelée la deuxième année. Au-delà, l’intérêt de la pulvérisation devient limité car les plants sont moins attractifs et la pression du vecteur peut déjà être installée. En revanche, dans des parcelles fortement infestées ou lorsque les plants ne sont protégés qu’à partir de la deuxième année, la méthode ne permet pas de freiner l’apparition des symptômes de dépérissement.

Par sa formulation, l’argile doit être stockée dans un endroit sec. Sinon, il y a un risque de formation de blocs, qui pourraient bloquer les buses.

Il existe un risque à effectuer plus de deux applications par an. Cependant, le produit résiste bien au lessivage pour des pluies inférieures à 20 mm. En revanche, suite à des pluies orageuses d’environ 50 mm, le produit peut être lessivé. Il sera donc compliqué pour les producteurs de multiplier les applications pendant la période de récolte.

Affiner le protocole d’application et intégrer l’emploi d’argile dans un itinéraire innovant (intégrant notamment les couverts végétaux inter-rangs, variété tolérante et plants sains) permettrait, au travers de nouvelles expérimentations, de démontrer son efficacité et donc son intérêt pour la filière lavandicole.

 

Indicateurs de déploiement :

  • Ventes de kaolinite, toutes filières confondues (source BNV-D Traçabilité 12).
  • Nombre de CEPP obtenus.
  • Surface de lavandes/lavandins pulvérisés avec de la kaolinite.  Cet indicateur étant difficile à quantifier directement, il nécessite la mise en place de suivis réguliers auprès des producteurs et des acteurs de la filière, par exemple via des enquêtes annuelles sur les pratiques agricoles ou des études panel.

Les cultures de lavande et lavandin.

Les produits commerciaux homologués contenant la solution sont disponibles sur le site Ephy de l’Anses : https://ephy.anses.fr/substance/aluminium-silicate

Projet CASDAR « Dépérissement de la lavande et du lavandin : mise en oeuvre d'un programme de recherches appliqués afin d'apporter des solutions de lutte aux producteurs » - https://ecophytopic.fr/recherche-innovation/prevenir/projet-deperissement-de-la-lavande-et-du-lavandin

Index ACTA Biocontrôle 2022 – Fiche n° 7 « Protection contre la cicadelle vectrice du phytoplasme sur lavande et lavandin » - https://www.index-acta.fr/media/medias/IAB22-Fiche-7-cicadelle-vectrice-phytoplasme.pdf

 

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter les sites suivants :

  1. Protection contre la cicadelle vectrice du phytoplasme sur lavande et lavandin. Index acta Biocontrôle https://www.index-acta.fr/media/medias/IAB22-Fiche-7-cicadelle-vectrice-phytoplasme.pdf.
  2. Fiche technique n°13 ‘Argiles (kaolinite calcinée)’ du Guide Ecophyto Fruits - Conception de systèmes de production fruitière économes en produits phytopharmaceutiques. Ecophytopic https://ecophytopic.fr/sites/default/files/Guide_ecophyto_fruits_FT13%20argiles.pdf.
  3. Silicate d’aluminium. Ephy (Anses) https://ephy.anses.fr/substance/aluminium-silicate.
  4. Quels sont les produits de biocontrôle ? Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire https://agriculture.gouv.fr/quels-sont-les-produits-de-biocontrole.
  5. Lutter contre les insectes piqueurs au moyen d’une poudre minérale de biocontrôle. Ecophytopic https://ecophytopic.fr/cepp/proteger/lutter-contre-les-insectes-piqueurs-au-moyen-dune-poudre-minerale-de-biocontrole.
  6. Lutter contre les insectes piqueurs au moyen d’une poudre minérale comportant une substance de base. Ecophytopic https://ecophytopic.fr/cepp/proteger/lutter-contre-les-insectes-piqueurs-au-moyen-dune-poudre-minerale-comportant-une.
  7. Lutter contre les insectes piqueurs au moyen d’une poudre minérale classée barrière physique. Ecophytopic https://ecophytopic.fr/cepp/proteger/lutter-contre-les-insectes-piqueurs-au-moyen-dune-poudre-minerale-classee-barriere.
  8. La lavande, emblème de la Provence. Ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de la Forêt https://agriculture.gouv.fr/la-lavande-embleme-de-la-provence.
  9. La production de lavande et lavandin en France. Chambres d’agriculture France https://chambres-agriculture.fr/actualites/actualite/la-production-de-lavande-et-lavandin-en-france.
  10. Phytoplasmes. Ephytia https://ephytia.inra.fr/fr/C/21543/Di-gno-Leg-Phytoplasmes.
  11. Hyalesthes obsoletus. Ephytia https://ephytia.inra.fr/fr/C/26180/Vigne-Hyalesthes-obsoletus.
  12. BNV-D Traçabilité. https://ventes-produits-phytopharmaceutiques.eaufrance.fr/search?filetype=Ventes.
  13. ADAPI Infos - LA LETTRE DU DEVELOPPEMENT APICOLE EN REGION PACA. https://adapi.adafrance.org/downloads/adapi_info_27_fevrier_2013.pdf (2013).