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Cultures ornementales
Ravageurs
Fiche
38

Utilisation de plantes-pièges en productions ornementales

Pratiques agronomiques
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Pour les otiorhynques, réduction jusqu‘à 100 % des traitements phytopharmaceutiques.

Pour l’aleurode, réduction de 50 à 100 % selon les niveaux de pression du ravageur.

La solution

Quatre plantes-pièges sont décrites dans cette fiche. Elles concernent trois ravageurs des cultures ornementales, les aleurodes Bemisia tabaci et Trialeurodes vaporariorum, l’otiorhynque Otiorhynchus sulcatus et la pyrale Sud-européenne des marais Duponchelia fovealis. Ces ravageurs peuvent concerner d’autres filières mais les solutions de contrôle par des plantes-pièges sont spécifiques à certaines cultures ornementales.

Fonctionnement et avantage de la solution sur la cible :

Une plante de service n’est pas considérée comme une « culture » au sens de culture principale dans la rotation. Son rôle est d’apporter à la culture principale, ou à la parcelle, un ou plusieurs services écosystémiques.

Dans cette fiche, il s’agit d’une plante implantée autour ou au sein de la culture, afin de lui procurer un bénéfice. L’intérêt de l’espèce choisie réside dans son hypersensibilité au ravageur ciblé : on sait qu’elle permet d’interrompre le cycle de reproduction de ce ravageur lorsqu’il se trouve sur elle. Ce type de plante de service est appelé « plante-piège ».

Elle attire et concentre les ravageurs. Une fois les individus regroupés, leur gestion devient plus simple et moins coûteuse 1 2. L’élimination des ravageurs peut alors se faire en détruisant les plantes-pièges (ou les parties les plus infestées) ou en ciblant les ravageurs présents sur ces plantes, par exemple grâce à des lâchers d’auxiliaires ou à l’application de produits de biocontrôle.

Les plantes utilisées sont :

  • Aubergine (Solanum melongena) contre aleurodes

En culture sous serre chaude, pour des cultures de poinsettia, des pieds d’aubergine de variétés 'Bonica F1', ‘Avan F1’ et ‘Black Beauty’ peuvent être utilisés pour attirer Trialeurodes vaporariorum ou Bemisia tabaci. Une plante-piège suffit pour protéger de 10 à 50 m² de culture. Le contrôle des Trialeurodes vaporariorum se fera par effeuillage des feuilles accueillant des larves et celui de Bemisia tabaci par lâche d’Amblyseius swirskii sur les aubergines (AF, astredhor). Des résultats similaires sont obtenus pour des cultures d’Hibiscus rosa-sinensis.

 

  • Melon (Cucumis melo) contre aleurode du tabac

Des pieds de melons peuvent être également utilisés pour attirer l’aleurode du tabac, Bemisia tabaci, avec de meilleurs résultats, mais avec l’inconvénient d’une plus grande sensibilité du melon aux maladies et au puceron du coton. L’élimination des Bemisia tabaci sur les plantes-pièges peut être réalisée par  aspiration des ravageurs sur les feuilles. Il faut compter : 2 minutes par pied d’aubergine piège ou par lâcher d’A. swirskii

 

  • Bergénie à feuilles cordée (Bergenia cordifolia) contre otiorhynque

En culture d’arbustes en conteneur (pépinière hors sol), les femelles otiorhynques qui émergent en mai-juin sont attirées préférentiellement par la plante-piège  et négligent les autres végétaux présents. Un pot de B. cordifolia suffit pour protéger 20 m² de culture. En fin d’année, entre octobre et février, les pots de Bergenia devront être retirés du site et recyclés par voie de compostage
industriel (montée en température, hygénisation, etc.). Si la destruction des Bergenia s’avère impossible, les larves d’otiorhynques qui vont se transformer en adulte dans les pots de plantes-pièges seront détruites par des champignons entomopathogènes, de type Metarhizium anisopliae ou des nématodes entomopathogènes (Steinernema kraussei). La méthode peut être optimisée par paillage des cultures. En effet, les otiorhynques n’aiment pas pondre dans les paillages rugueux, en particulier dans la cosse de sarrasin.

 

  • Heuchère en culture de cyclamen contre Duponchelia fovealis

Un dernier système de plante-piège a été finalisé en 2021. Il s’agit de l’usage d’Heuchera pulchella ou Heuchera micrantha ‘Plum pudding’  contre Duponchelia fovealis en culture de cyclamen.

La densité est d’une plante pour 20 m² et la méthode de contrôle est l’application de la toxine de Bacillus thurigensis dans les pots d’heuchère. L’efficacité en station a été bonne, de l’ordre de 90%. Pour l’instant nous n'avons pas de données d’efficacité pour des usages en entreprise.

 

Efficacité :

Les efficacités des systèmes constatée en station et en entreprise sont résumé au sein du tableau suivant.

 

Figure n°1 : Photos d’essais de poinsettia ou arbuste en conteneur – A : associé avec des plantes pièges

Certificats d’Economie de Produits Phytosanitaires (CEPP) :

Cette solution est éligible au CEPP : fiche action n° 2020-075 « Lutter contre les ravageurs à l’aide de plantes-pièges pour réduire les doses d’insecticides sur les productions horticoles en conteneurs » 3.

La filière horticole française regroupe plus de 200 000 emplois répartis au sein de 46 000 entreprises, générant un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros. Elle représente ainsi un secteur clé de l’économie nationale 4.

Différents ravageurs des cultures ornementales sont difficiles à contrôler soit du fait de résistances aux produits phytosanitaires, soit du fait de manque de solutions biologiques pour atteindre tous les stades de leurs développements. Les thrips, les aleurodes (en particulier Bemisia tabaci), les acariens et les coléoptères (comme Otiorhynchus sulcatus) font partie de ces bio-agresseurs qui empêchent la mise en place d’une gestion globale des cultures avec des méthodes alternatives aux pesticides conventionnels.

L’aleurode Bemisia tabaci est un insecte hémiptère (famille des Aleyrodidae) polyphage d’origine tropicale et subtropicale. Il ne faut pas confondre cet aleurode avec Trialeurodes vaporariorum, communément appelée aleurode des serres. Bemisia tabaci présente un risque plus élevé, car elle montre une plus grande résistance aux traitements chimiques et joue un rôle majeur en tant que vecteur de nombreux virus. Actuellement , B. tabaci est présente en France sous serre sur tout le territoire et en plein champ dans la moitié sud du pays. Les adultes d’environ 1 mm de long ressemblent à de petits moucherons entièrement blancs. On les observe surtout sur les jeunes feuilles.

Pour se nourrir, les aleurodes piquent les feuilles et vident les cellules de leur contenu, ce qui provoque l’apparition de taches ou de plaques nécrosées. Ce prélèvement affaiblit la plante, ralentit sa croissance et peut entraîner un flétrissement prématuré. En outre, les aleurodes excrètent un miellat sucré qui favorise le développement de la fumagine, un champignon noirâtre qui perturbe les fonctions physiologiques de la plante. Ainsi, B. tabaci provoque à la fois des pertes de rendement (ralentissement de la croissance des plantes ornementales) et des dégâts qualitatifs (feuilles collantes, recouvertes de champignons impropres à la commercialisation). B. tabaci a besoin de températures élevées, autour de 20 °C, pour se développer correctement. Dans ces conditions, une dizaine de générations peuvent se succéder chaque année 5 6.

L’otiorhynque Otiorhynchus sulcatus est un coléoptère polyphage. Les populations sont exclusivement composées de femelles se reproduisant par parthénogénèse. Actives principalement la nuit, les femelles adultes passent la journée dissimulées au  sol, ce qui complique leur détection. Elles s’attaquent aux feuilles ce qui conduit à un ralentissement de la croissance et une dépréciation de la qualité de la plante (encoches en forme de demi-cercles sur le limbe). Les larves se développent dans le sol où elles se nourrissent de jeunes racines. Cette attaque souterraine compromet fortement la croissance végétale . En cas d’infestation sévère, l’ensemble du système racinaire peut être détruit, entraînant la mort de la plante. L’identification d’une plante infestée par les larves est particulièrement difficile et lorsqu’elle est repérée, il est souvent déjà trop tard pour intervenir efficacement.

Ainsi, O. sulcatus provoque à la fois des pertes de rendement (ralentissement de la croissance des plantes ornementales) et des dégâts qualitatifs (feuilles endommagées impropres à la commercialisation).  7 8.

Duponchelia fovealis est un papillon au mœurs et comportement similaire à l’otiorhynque. Les adultes sont nocturnes, ils pondent sur le substrat des cultures, les larves sont souterraines et consomment les racines de la culture. Les espèces sensibles sont le cyclamen, le kalanchoé, le géranium zonale. La détection est souvent tardive lorsque les plantes commencent à mourir.

Le piégeage de ces trois insectes ravageurs par des plantes plus attractives dites plantes-pièges offre une solution qui s’inscrit pleinement dans les solutions agro-écologiques.

Niveau de réduction d’utilisation et/ou d’impact potentiel 

Pour les otiorhynques, l’aleurode des serres et Duponchelia fovealis, la réduction des traitements phytosanitaires peut être totale. Dans le cas de l’élimination des plantes-pièges par voie de compostage, on peut même éviter les traitements de biocontrôle à base de champignons ou de nématodes entomopathogènes.

Pour B. tabaci, la réduction des traitements conventionnels peut atteindre de 50 à 100 % selon les niveaux de pression du ravageur sur le poinsettia.

Surcoût et/ou gain de la solution 

Il n’y a pas de surcoût lié aux charges d’intrants (Tableau 1).Pour la lutte contre les otiorhynques en production d’arbustes, il n’y a pas non plus de surcoût de main d’œuvre, la manutention des plantes-pièges n’étant pas supérieure à celles des traitements mis en œuvre en lutte conventionnelle et même une diminution en Protection Biologique Intégrée (PBI) avec l’application des nématodes.En revanche l’utilisation des plantes-pièges contre B. Tabaci  pour les cultures sous abris nécessite des passages réguliers en phase avec les cycles du ravageur. Cela concerne l’effeuillage ou l’aspiration des feuilles ou des lâcher d’auxiliaires, représentant environ 1 heure / semaine / 1000 m² qui peuvent être de même fréquence que les passages pour des traitements répétés en lutte conventionnelle.

Tableau 1 : comparaison des coûts des plantes-pièges aux coûts de fournitures pour les autres moyens de lutte :

 

En outre, cette technique permet de réduire les dégâts dans la culture par détournement du ravageur. Ainsi, le chiffre d’affaires est amélioré.

Nos données indiquent une augmentation de la marge brute même dans les cas où les charges sont supérieures.

Impact santé / organisation du travail / pénibilité / environnement :

En termes d’impact sur la santé, l’avantage est en faveur des plantes-pièges en comparaison des moyens de lutte conventionnels ou même de protection biologique.

Quelques manutentions sont nécessaires pour le placement et le retrait des plantes-pièges dans les parcelles, mais sans comparaison avec le reste des travaux de la culture. Donc on ne note pas de pénibilité particulière.

Freins à lever et conditions de réussite :

La réussite et l’appropriation de ces techniques par les producteurs dépendent fortement du nombre d’interventions à réaliser. Ainsi, l’usage de plante-piège contre otiorhynque, qui nécessite 2 interventions est bien accepté. L’usage de plante-piège contre aleurode, qui nécessite 1 intervention hebdomadaire, même en l’absence de ravageur est plus rarement utilisée. Un autre aspect provoquant un ralentissement de l’usage de ces méthodes est que, si elles sont très efficaces, très peu voire aucun ravageur n’est retrouvé dans la culture. Naturellement, les producteurs alors peu d’intérêt de poursuivre une pratique en l’absence de ravageurs. Or, c’est la pratique qui explique cette absence. Le caractère préventif de ces méthodes, surtout lorsque des interventions régulières sont nécessaire, réduit leur adoption par les producteurs.

 

Indicateur de déploiement  :

  • Evolution des surfaces de cultures conduites avec des plantes-pièges. Une enquête des pratiques serait nécessaire pour remonter cet indicateur.

Pépinière et horticulture hors sol.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter les sites suivants :

  1. Fiche Filière Horticulture - ECOPHYTO DEPHY - ‘Poinsettia : itinéraire innovant grâce à des plantes-pièges’.
  2. Implanter des plantes pièges de bioagresseurs. ecophytopic https://ecophytopic.fr/leviers/prevenir/implanter-des-plantes-pieges-de-bioagresseurs.
  3. Lutter contre les ravageurs à l’aide de plantes-pièges pour réduire les doses d’insecticides sur les productions horticoles en conteneurs. ecophytopic https://ecophytopic.fr/cepp/prevenir/lutter-contre-les-ravageurs-laide-de-plantes-pieges-pour-reduire-les-doses.
  4. Fiche filière - Horticulture. FranceAgriMer https://www.franceagrimer.fr/chiffre-et-analyses-economiques/fiche-filiere-horticulture.
  5. Aleurodes. Ephytia https://ephytia.inra.fr/fr/C/23154/Tropileg-Aleurodes.
  6. Bemisia tabaci. Ephytia https://ephytia.inra.fr/fr/C/19386/VigiHorti-Bemisia-tabaci.
  7. Fiche n°5 ‘Protection contre l’otiorhynque en pépinière’ - Index Acta Biocontrôle 2022. Index acta Biocontrôle https://www.index-acta.fr/actualites/protection-contre-lotiorhynque-en-pepiniere.
  8. Otiorhynchus sulcatus. Ephytia https://ephytia.inra.fr/fr/C/18938/VigiJardin-Otiorhynque-du-lilas.